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L'image
satellite du 2 mai met en évidence une situation météorologique
extrêmement contrastée entre le Nord-Ouest et le reste de la France.
De la Bretagne, côte sud exceptée, aux Pays-Bas, une masse de nuages
bas de type stratus, apparaissant en jaune sur cette image, apporte
un temps gris, brumeux, avec parfois de la bruine et empêche la
température de monter en cours de journée. De fait, les températures
maximales ne dépassent pas 10 °C au Havre et à Cherbourg et 12 °C
à Brest.
Sur ces régions, c'est encore l'hiver alors que sur le reste de
la France, le soleil se montre généreux, au moins le matin, avec
des températures qui atteignent :
18 °C
à Vannes
21 °C à
La Rochelle
27 °C à
Bordeaux et à Nîmes
25 °C à
Marseille
23 °C à
Nice et à Bastia.
Mais, revers de la médaille, toutes les régions montagneuses -
Pyrénées, Massif Central, Alpes du Sud, Jura, Morvan, Vosges et
Forêt Noire - voient se développer en cours de journée d'énormes
cumulonimbus. Prenant la forme de boules cotonneuses bien blanches,
ils sont facilement reconnaissables sur l'image satellite.
De par son extension verticale considérable, le cumulonimbus peut
engendrer tous les phénomènes météorologiques les plus violents
: averses de pluie ou de neige, grêle, rafales de vent, trombes
en mer, tornades sur terre, et notamment l'orage.
C'est ce que l'on peut constater en superposant à l'image satellite
tous les impacts de foudre (décharge électrique entre le nuage et
le sol) ayant eu lieu dans les trois heures précédentes. Les impacts
apparaissent sous la forme d'un carré dont la couleur varie en fonction
de l'heure.
Il y a eu 5 029 impacts au cours des trois heures précédant le
passage du satellite, 1 995 au cours de la dernière heure et 974
au cours de la dernière demi-heure.
Les impacts positifs (bas du nuage chargé positivement et surface
du sol chargée négativement) sont plus rares que les impacts négatifs
(1 pour 20 environ). C'est heureux car les impacts positifs sont
en général les plus destructeurs.
Le champ de pression au niveau de la mer, visible en rouge sur
la deuxième illustration, explique la situation météorologique.
Un anticyclone de valeur au centre supérieure à 1030 hPa, situé
au nord-ouest de l'Irlande, dirige un flux de nord à nord-est sur
la mer du Nord et la Manche. Les vents apportent donc sur le Nord-Ouest
de la France un air frais et humide, qui forme des nuages de type
stratus dans les basses couches de l'atmosphère.
En revanche, la moitié sud-est de la France n'est pas affectée
par ce flux de nord-est. Elle est sous l'influence d'une masse d'air
plus chaud, plus sec, amené par des vents de sud en altitude, engendrés
par une lointaine dépression au large de Gibraltar. Cette masse
d'air est instable, c'est-à-dire susceptible de former des nuages
à fort développement vertical. Cette instabilité vient du fait que
la configuration de la pression et du vent à très haute altitude
(vers 8 000 ou 10 000 mètres, à la limite de la troposphère) est
telle qu'elle favorise les mouvements ascendants. Mais, ici, l'instabilité
n'est pas suffisante pour que les cumulonimbus se forment spontanément
à tout moment et en tout lieu. Il faut une impulsion initiale supplémentaire
pour que l'air s'élève et forme un nuage. Cette impulsion initiale
est donnée à la fois par l'ensoleillement (l'air au contact du sol
s'échauffe, devient plus léger et s'élève) et par le relief (sous
l'effet du vent, l'air s'élève le long des pentes).
C'est pourquoi, les orages se forment principalement sur les reliefs
et l'après-midi. En mer, l'absence de relief pourrait laisser croire
qu'il n'y a jamais d'orages. C'est vrai qu'ils y sont beaucoup plus
rares qu'à terre, surtout au printemps où l'eau est encore froide.
Néanmoins, il y en a de plusieurs types. Tout d'abord, les orages
formés sur les reliefs ont une vie propre de quelques heures. Sous
l'effet des vents d'altitude, les orages peuvent alors déborder
en plaine et en mer. Ce type d'orage est fréquent sur la côte méditerranéenne
bordée de reliefs. Il arrive aussi que l'instabilité (c'est-à-dire
le forçage par les conditions en altitude) soit suffisamment forte
pour que les orages se forment au large. Voir à ce propos la situation
du 9 mai 2000.
Enfin, les orages dits "frontaux" peuvent se former n'importe où,
sur terre, comme loin au large. Dans ce cas, c'est un effet de convergence
des vents dans les basses couches, causée par un front, qui donne
l'impulsion nécessaire à la formation des cumulonimbus. Ces derniers
sont alors alignés à l'avant du front et progressent avec lui.
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